Publié le 22/11/2016

Les Kiosqueuses Sarah et Nolwenn à la rencontre d'Orphée aux Enfers

dimanche 20 nov. 2016
#Focus

Interview de Mathilde Nicolaus (Minerve) et Anaïs Constant (Diane)

Rencontre de nos kiosqueuses Sarah et Nolween avec les chanteuses Mathilde Nicolaus et Anaïs Constant à l'issue de la répétition générale d'Orphée aux Enfers. Un grand merci à Angers Nantes Opéra !

 

 

 

 

 

 

 

 

 
De gauche à droite : Mathilde Nicolaus, Sarah, Anaïs Constant et Nolwenn

 

Sarah : Un grand bravo en tout cas, nous avons passé un très grand moment, c'était super !

Nolwenn : En plus, nous étions des novices en opéra

Anaïs Constant : C'est une œuvre idéale pour des débutants, quand on est passionné par la mythologie, on s'y retrouve facilement. En plus c'est une belle parodie, c'est très drôle et le cancan à la fin, tout le monde le connaît.

Sarah : Je vais commencer avec la première question, comment décririez-vous votre rôle et qu'est-ce qui vous plaît en lui ?

Mathilde Nicolaus : J'ai le rôle de Minerve, la déesse de la sagesse et de la guerre, ce qui est déjà un défi en soi ! Je suis partie un petit peu sur le contre-pied, c'est-à-dire que j'essaie de ne pas être forcément très sage. On s'est mis une love story au en second plan avec Orphée pour briser ce côté sérieux du personnage. Je tombe de ma chaise... La sagesse incarnée !

Anaïs : J'incarne le rôle de Diane Chasseresse, j'arrive avec mon pauvre Actéon qui a été transformé en cerf par mon Papa Jupiter. Je l'ai tué à la chasse, forcément ! J'ai tué mon amoureux donc je suis très triste. C'est drôle car Diane Chasseresse est un personnage qui est assez sérieux et dès son entrée, il est tourné en dérision parce qu'elle pleure sur son Actéon... Tout de suite, on entre dans le côté comique de la mythologie.

Mathilde : L'opérette est aussi un style pour porter en dérision en général, la politique.

Anaïs : Cela parle au public actuel, vu que l'on glisse des messages politiques actuels c'est sympa. Ça reste toujours assez léger mais ça marque.

Mathilde : Il y a d’ailleurs la marseillaise dans le chœur de la révolte.

Nolwenn : Qu'est-ce qui vous a donné envie de devenir solistes ? Etait-ce un rêve d'enfant ? Quel parcours avez-vous suivi ?

Anaïs : Le fait de devenir soliste a été une succession d'évènements. J'ai commencé dans un chœur et finalement, on a entendu que ma voix sonnait de manière assez particulière, donc j'ai commencé à prendre des cours et quand j'ai grandi ma voix s'est prononcée pour faire de l'opéra. Ensuite, devenir soliste, c'est beaucoup de travail mais il y a aussi une part de chance. De rencontrer les bonnes personnes au bon moment, de rencontrer le bon agent, les bons directeurs et puis évidemment d'être sérieux aussi. Quand on nous engage, il faut être très sérieux, on est censé arrivé très prêt donc c'est un challenge d'être soliste et de tenir aussi dans la durée. 
C'était un rêve de petite fille parce que je tenais à être une chanteuse qu'on comprend. La vie fait que ça marche bien : quand je travaille mes partitions, je travaille toujours le texte en premier. J'écris mon texte, je le traduis. Il faut travailler son texte, le décortiquer pour être le plus pertinent possible.

Mathilde : Etre soliste, on y arrive par plusieurs événements qui sont dûs au hasard. On est nombreux à vouloir faire ça et très peu d'entre nous sont appelés à ne serait-ce que se produire une fois sur une scène nationale. 
Je sais qu'une des premières œuvres à m'avoir touchée a été Carmen, je trouvais ça fascinant comme œuvre. Je l'ai vue en film et non en live car mes parents n'étaient pas très branchés opéra. J'ai eu envie de chanter et puis ça a été une ligne assez droite : je suis entrée au Conservatoire, au bout de trois ans, je suis entrée à la Haute Ecole de Musique de Genève (qui est un équivalent CSN CNSM en Suisse) et après démarre la vraie vie du chanteur, c'est-à-dire trouver des agents, faire et réussir des auditions.

Ensemble : C'est un très long chemin avant d'arriver sur la scène !

Mathilde : Mais, ça nous fait à la fois nous renforcer et nous remettre en cause, cela nous fait avancer et ce n'est donc jamais lassant ! Je rejoins tout à fait Anaïs sur la compréhension du texte, dans tous les répertoires, pour moi ce qui compte est le texte. Quelle émotion doit-on faire passer de ce texte-là. Quand je ne comprends pas un texte dans tous les mots, tous les sous-entendus, je ne le chante pas. Ce dont je me suis rendue compte au Conservatoire, c'est qu'à chaque fois que je travaillais un air, je regardais l'histoire en entier (d'où venait le personnage et où il allait).
Apparemment, cela frappait dans l'interprétation car ce n'était pas creux. Ce qui m’intéressait ce n’était pas de chanter, moi Mathilde Nicolaus, car personne n’en a rien à faire, mais de trouver quel était le personnage à faire et de le faire.

Sarah : Dans Orphée aux enfers, quel(s) moment(s) préférez-vous et pourquoi celui-ci (ceux-ci) en particulier ?

Anaïs : J'adore le duo de violon entre Eurydice et Orphée, je le trouve irrésistible et derrière le chœur fait de la figuration. C'est hyper vivant, c'est naturel, ça parle... Ces gens qui travaillent dans cet hôtel, qui ramènent les bagages. Il y a énormément de vie ! Et tout d'un coup, il y a des freeze, tout le monde s'arrête, il y a des images. Je trouve cela magique. Ce chœur est exceptionnel, ils ont des expressions du visage qui sont magnifiques. C’est hyper naturel. 
Un autre moment que j'aime beaucoup est l'Olympe car c'est très drôle ! Nous, on est dedans donc on se rend moins compte mais c'est très drôle de nous voir arriver comme cela. On est habillé sans l'être... Venez voir le spectacle, vous saurez ce que cela veut dire !

Mathilde : Moi j'aime beaucoup le duo de l'Opinion Publique et d'Orphée. Ce que je trouve très fort, c'est une cohésion entre les interprètes et la mise en scène où on a Doris (l'Opinion Publique) qui campe un personnage très solide et qui ne bouge pas trop et à côté, Orphée est comme un pantin qu'on va bouger de droite à gauche. Cela bouscule vraiment le machisme qui pourrait y avoir où l'homme manipule la femme...

Nolwenn : Si Offenbach fait partie des compositeurs que vous appréciez, quelles œuvres aimez-vous ?

Anaïs : Orphée aux enfers me plaît beaucoup, car pour moi, c'est une œuvre pensée, la mythologie, la politique. J'aime aussi beaucoup Barbe Bleue qui est très réussie. La Belle Hélène c'est très drôle. De toute façon, Offenbach, vous pouvez aller tout voir. Les Contes d'Hauffman sont sublimes mais c'est vraiment de l'opéra.

Mathilde : Ce qui est surprenant avec Offenbach, c'est que nous sommes pris par ce texte qui est très drôle, très percutant. Quand on est dans la salle et que l'on écoute l'orchestre, les airs, on sent toute la subtilité du compositeur qui transparaît. On sent qu'il a surement surfé sur une vague, que cela a dû lui faire plaisir d'écrire des choses plus dérisoires mais c'est une réussite qui tient sur la durée.

Sarah : Comment avez-vous appréhendé le fait de passer du chant lyrique au théâtre ? Et comment vous êtes-vous préparées à cela ?

Anaïs : Il faut savoir qu'au Conservatoire nous avons quelques cours de théâtre mais qui sont très succincts et qui, pour ma part, n'étaient vraiment pas bons. Cela a été un gros challenge d'arriver sur scène et on apprend sur le tas ce genre de chose. Ce qui nous aide à être meilleur c'est lorsque nous avons des metteurs en scène qui prennent le temps de faire un bon travail d'acteur. Je pense à une metteur en scène que j'ai eue dans mes débuts, Lilo Baur avec qui j'ai fait l'Akmé à Saint Etienne et que je vais retrouver à Marseille. Elle est extraordinaire car elle a pris le temps de dessiner les personnages.
On n'en a beaucoup moins besoin quand on est avancé dans le métier mais quand on débute, on en a besoin. Après, petit à petit, on devient plus indépendant. Ce qui fait qu'on avance aussi, c'est lorsque nous avons des supers collègues autour de nous. On est une équipe sympa, on s'entend très très bien donc on se donne la balle sur scène et ça, c'est génial !

Mathilde : J'ai fait du théâtre en dehors de ma formation de chant lyrique car cela m'intéressait et cela m'a donné des clefs pour savoir comment tout se construit, ce à quoi il faut être attentif. J'ai eu de la chance là-dessus. Sur scène, au début, ce qu'il y a de plus terrible est que l'on ne sait pas trop ce que l'on doit faire et on sent quand il faut inventer des choses parce qu’on s'ennuie ! Ce qui est génial avec cette mise en scène et cette équipe est qu'il suffit d'un regard pour que quelque chose se construise, cela amène tout de suite une histoire dans l'histoire. Il y a énormément de solistes sur cette œuvre et c'est difficile de s'occuper de tout le monde sans que cela fasse très brouillon. Il y a des choses qui sont faites pour renforcer ou gommer, sinon c'est illisible.

Nolwenn : A part l'opéra, qu'allez-vous voir d'autre comme spectacles ? Quelles sont les musiques, spectacles, œuvres qui vous font vibrer ?

Anaïs : Je suis très souvent dans ma voiture, j'écoute la radio. Quand du classique passe, cela me fait très plaisir. Je ne vais pas voir tant de spectacles que cela, même l'opéra. On est tellement souvent à droite ou à gauche que lorsqu'on rentre chez soi, on est content de se poser, d'avoir des soirées tranquilles parce que notre métier est un peu particulier pour cela, pour la vie personnelle. On s'absente un certain nombre de jours dans l'année donc on est content de rentrer. Mais j'adore aller écouter mes copains quand ils font des spectacles : classiques, de variétés...

Mathilde : Ce n'est pas pour rien que l'on fait ce métier, les voix nous touchent, leur progression. Bon, on ne peut pas prendre d'abonnement car nous ne sommes jamais chez nous.
J'ai découvert la musique traditionnelle cette année et j'ai bien aimé. C'est très intéressant. D'ailleurs j'aimerais bien faire un petit mélange chant lyrique et musique traditionnelle. Je crois que dès que l'on entend de la musique classique, nous sommes tout de suite conditionnées "boulot", je n'en écoute pas tant que cela. Sauf si je vais voir un artiste ou un opéra que j'aime bien sinon je m'oriente plus vers d'autres types de musique et de temps en temps un peu de théâtre. Le cinéma est un bon compromis car on peut y aller quand on veut.

Anaïs : Ce qui est super au cinéma, c'est que l'on peut voir aussi de très belles productions d'opéra.

Sarah : En quelques mots, que diriez-vous aux spectateurs pour décrire ce spectacle et leur donner envie de le découvrir ?

Mathilde : Petit coup de déprime avant les vacances de Noël, venez nous voir !

Anaïs : Petit coup de déprime avant les élections, venez nous voir !

Ensemble : Vous êtes traumatisé par les fêtes de Noël qui approchent et le fait de prendre du poids : VENEZ VOIR ORPHÉE AUX ENFERS !

Orphée aux Enfers de Jacques Offenbach
- Opéra - bouffon en deux actes et quatre tableaux.

Livret de Henri Crémieux et Ludovic Halévy. Créé au Théâtre des Bouffes-Parisiens de Paris, le 21 octobre 1858 (version remaniée en 1874).
Direction musicale Laurent Campellone
Mise en scène Ted Huffman
Décor, costumes et lumière Clement & Sanôu
Chorégraphie Yara Travieso

Nantes - Théâtre Graslin : mardi 22, jeudi 24, vendredi 25, dimanche 27, mardi 29 novembre 2016
Angers - Le Quai : mercredi 14, vendredi 16, dimanche 18 décembre 2016

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